uSC#035/1 – Waste for Victory

Avant même l’entrée officielle des USA dans la seconde guerre mondiale, le Président Roosevelt commanda, dès juillet 1941, un plan estimant les besoins nécessaires pour une implication totale dans le conflit : le Victory Program. Parmi toutes les questions primordiales d’une telle entreprise, l’approvisionnement en matières premières était évidemment un aspect capital pour subvenir à la fois au besoin des populations civiles et à ceux de l’armée.

L’action du gouvernement fédéral était multiple : stabiliser les cours, augmenter les productions, explorer des sources alternatives, rationner les besoins civils …

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Parmi toutes les actions visant à optimiser les ressources, certaines visaient également  le maintien du moral de l’opinion publique. Ce « home front » (front intérieur) permettait d’impliquer la population en donnant à chacun l’occasion de prouver son patriotisme en soutenant l’effort de guerre. Le recyclage devient patriotique !

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New Champ Comics #24 – Dec. 1942

Des actions pas si nouvelles car déjà appliquées en Angleterre à la même époque, pendant la première guerre mondiale … et même durant la révolution française.

Dans cette mouvance, les comics par leur influence grandissante sur la jeunesse trouvent rapidement leur place pour faire écho à la propagande gouvernementale.

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Les bons conseils dans « Crime Does Not Pay » #35 – 1945

Sans surprise, plus que les messages sur l’économie des ressources ou du recyclage, c’est surtout des histoires de conflits contre l’Axe Rome-Berlin-Tokyo, des saboteurs nazis, des espions nippons qui emportent les suffrages du jeune public.

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Mais les héros, qu’ils soient super ou non,  relayèrent, malgré tout, d’autres messages de propagande en couverture ou  directement dans les histoires du comics.


Food will win the war

Premier cheval de bataille : la nourriture. Les américains furent rapidement incités à planter des « victory garden » pour assurer une relative autosuffisance alimentaire. En complément, on conseille également d’adopter une poule qui permet de recycler les restes de repas et en contrepartie de récupérer des œufs.

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Dans le même ordre d’esprit, des collectes de restes de nourriture sont organisés pour les animaux de ferme comme les cochons.


Donald Duck dans « Foof will win the war »

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On voit ainsi fleurir avec plus ou moins de succès des potagers dans les jardins des particuliers ou sur la moindre parcelle exploitable.

Dans les pages des comics, les légumes poussent aussi. La thématique agricole se prête plus facilement à l’humour et rares sont les super héros qui se lancent dans la conquête des sols.

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Flatfoot Burn par Harvey Kurtzman (Police Comics #25 – 1943

En mai 1943, on dénombre 18 millions de Victory Garden (12 dans les villes et 6 en campagne). On estime que prés de 10 millions de tonnes de légumes ont été produits en 1944 par ces jardins, soit l’équivalent de la filière agricole classique. Ces jardins ont ainsi permis d’améliorer l’ordinaire en ces années de rationnement, tout en limitant la spéculation.

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Donald et Popeye dans la bataille contre les nuisibles du jardin.
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Slam Bradley contre des voleurs de poules de jardin – Action Comics#91 – 1944
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Superman, Fan de carottes en couv’ d’un des très rares « Tim Store Comics »

Car la bataille pour la nourriture se joue aussi dans les champs où, enrôlement oblige, la main d’œuvre se fait rare. Des affiches incitent ainsi les femmes à venir prêter main forte dans les fermes. Même les adolescents y sont invités pendant les vacances scolaires.

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Mary Marvel et Little Annie avec les agriculteurs !
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La NewsBoys Legion et le Gardian combattent les voleurs des champs dans « Victuals for Victory »  Star Spangled Comics #25 – 1943 (Jack Kirby)

Des déchets pour la victoire (ou presque)

– Metal-Men –

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La collecte de métaux  a été parmi la première à se mettre en place. Dans l’esprit du grand public, les métaux sont facilement transformables en tanks, véhicules, armes, bombes et munitions.

Des collectes sont organisées partout dans le pays et connaissent un véritable engouement populaire. On organise des concours, on créé une émulation entre voisins. On voit apparaitre des « junior salvage commandos » – équipe de gamins qui se mobilise pour le recyclage.Quand la ferraille vient à manquer, on hésite pas à sacrifier des objets courants, des souvenirs voire parfois même des statues ou des pièces de musée comme des canons de la guerre de succession. Malheureusement, la logistique aura parfois du mal à suivre pour l’acheminement. Pire que ça, en évinçant les ferrailleurs de cette organisation, les métaux collectés en vrac, sans véritable tri par qualité, n’auront pas des débouchés très glorieux.(1)

Daffy Duck à fond dans la collecte en 1943 !

C’était particulièrement vrai pour l’aluminium qui n’avait pas la qualité requise pour le fuselage des avions et finissaient de nouveau en ustensiles de cuisine 🙂 .(1)

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Star Spangled Comics #26 – 1943
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Les « p’tites canailles » à la chasse à la ferraille par Walt Kelly – « Our Gang Comics #1 » – 1942
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L’équipe de Bucky et Toro entre dans la course . Knuckles sacrifie son lance-pierre pour gagner le prix de collecte de métal (Jack Kirby) Young Allies  #7 – 1943

Comme dans cette planche des Young-Allies, on retrouve souvent l’idée de sacrifice dans ces collectes où l’on donne même ce que l’on a de plus cher pour soutenir le pays.

Une publicité dans les pages de Captain America prévient que dorénavant, les badges du fan-club de Cap, Sentinels of Liberty ne seront plus produits. Le métal sera plus utile pour fabriquer des armes. Bucky ajoute qu’il vaut mieux acheter des bons de guerre à la place.

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Captain America #32 (Dec. 1943) – Le Badge des « Sentinels of Liberty »

Dans les faits, les USA n’ont pas connu de pénurie de métaux. Une étude récente  du National Bureau of Economic Research (1) tend à prouver que les 4 millions de tonnes métaux ferreux collectés représentent au mieux 4% du métal de récupération soit 1,6% de la production durant la période de conflit.


–  Mets de l’huile –

 Des collectes de graisses et d’huiles sont également mises en place au travers du réseau des bouchers. Un kilo d’huile = un kilo d’explosifs promet-on. Cette campagne aura moins de succès que les autres ce qui peut se comprendre durant ces années de rationnement.

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On trouve peu de relais dans les comics (de ce que j’ai pu trouvé, quelques publicités tout au plus). Sans doute parce que l’information touche plus les ménagères.

Dessin-animé avec Pluto et Minnie pour collecter des huiles.

Le plus marrant dans l’histoire c’est que les graisses étaient en fait recyclées pour fabriquer du savon et non des munitions. Mais le message aurait perdu de son impact.


– Fantastic Plastic –

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Washington Dc – 1942

Avec la guerre, les importations de caoutchouc naturel sont bloquées ce qui oblige les USA à élaborer une stratégie pour faire face à ce manque. Comme pour les autres matériaux, on organise des collectes, concours etc… pour récupérer un maximum, le temps que la production de caoutchouc synthétique soit opérationnelle. Le gouvernement faisait d’ailleurs en creux un chantage : organiser la collecte du caoutchouc pour subvenir aux besoins ou rationner l’essence.

 

 

 

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Star Spangled Comics #21 – 1943

Là encore malgré un succès en terme de communication, les quantités et qualités de caoutchoucs récupérés furent loin d’être déterminant dans l’effort de guerre.

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La grande parade de Thanksgiving est annulée de 1942 à 1944 pour économiser sur l’hélium et le caoutchouc.
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Police Comics # 13 – 1942 – Cours Plastic-Man !

Comme on peut le constater les « Scrap Salvage » n’eurent pas un rôle significatif dans l’effort de guerre et la victoire finale. Néanmoins sur un plan psychlogique, ces recyclages populaires ont permis un engouement national autour du conflit permettant à chacun quelque soit son age, son sexe ou son état physique de se sentir utile et partie prenante dans la guerre.

Les Scrap Salvage ne survécurent pas longtemps à la fin du conflit . Le recyclage avait fait long feu, il appartenait à une époque révolue de privation.

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10 ans plus tard, les USA entreraient dans l’ère du Tout-jetable (Throwaway Living ) dans les pages de Life.

1* KEEP ON SCRAPPING: THE SALVAGE DRIVES OF WORLD WAR II – Hugh Rockoff – NATIONAL BUREAU OF ECONOMIC RESEARCH (2000-2007)

Suite et fin dans la partie 2 – Le sacrifice des héros de papier

Sim Theury

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