uSC#042 – Viandage

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« Le vieux Mc Donald a une ferme, I-A-I-A-O »

C’est par cette phrase qu’Ann Nocenti introduit son propos dans le n°271 de Daredevil (1989). C’est l’image d’Epinal que l’on a plus ou moins en tête quand on vient à  parler d’élevage. Mais il ne lui faut quelques pages pour brosser un portrait beaucoup moins idyllique de ce qui est maintenant devenu une redoutable industrie.

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Daredevil #271 – Ann Nocenti / John Romita Jr

En trois pages, Nocenti liste bon nombre de dérives de cette industrie et de la souffrance animale qui en découle :

  • Veaux enfermés dans des box pour conserver artificiellement la blancheur de leur chair
  • Cochons et poulets élevés dans des enclos minuscules où ils peuvent à peiner bouger
  • Une promiscuité qui engendre une surmortalité des animaux et une prolifération des maladies.
  • Un recours massif aux antibiotiques pour limiter les effets de cette surpopulation
  • Des poulets amputés de leur becs pour éviter qu’ils ne mangent leurs voisins de cages
  • Les porcs qui se brisent les pattes dans les caillebotis

Rien de tout cela ne semble émouvoir le producteur qui peste contre les associations de défense des animaux qui lui mettent des bâtons dans les roues.

Parallèlement, son équipe développe de nouvelles espèces comme des poulets avec des ailes plus grosses et planchent sur des cochons sans pattes pour éviter qu’ils ne les cassent. Il poussent la logique jusqu’à envisager des animaux sans système nerveux pour échapper à toute législation ou norme de bien-être.

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Cochons sans pattes mis de coté, tous ce que dénonce Nocenti dans ce numéro se retrouve effectivement en pratique sur le terrain; même 30 ans plus tard.

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Les sélections génétiques tendent à le rendre le plus productif possible tout en gommant ce qui est considéré comme inutile. L’animal n’est plus considéré que comme un objet que l’on modèle dans une course au profit que ne semble pas avoir de limite.

Au delà des aspects sanitaires, les conditions de vie dans ces cages sont tels que les animaux développent des pathologies comportementales : cannibalisme, troubles compulsifs, névroses …

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Deuxième effet Kiss-cool, des bactéries résistantes aux antibiotiques sont en train d’apparaitre depuis une petite dizaine d’années dans ce type d’élevage. Elles déciment des unités entières et se retrouvent également relarguées dans le milieu naturel. Si on jauge aujourd’hui encore mal les conséquences sur l’homme ou l’écosystème, il est évident que cette prolifération de superbactéries n’a rien de rassurant.

Nocenti fait de la fille de l’exploitant un militante écologiste qui combat ces conditions d’élevage inhumaine et l’ignorance des consommateurs sur la souffrance qui se cache derrière chaque bouchée.

C’est à ma connaissance le seul comics mainstream qui se soit intéressés à cette aspect de l’exploitation animale ou de la filière de la viande.

Les Burgers contre l’Amazone

Les aspects environnementaux se trouvent plus fréquemment comme dans les pages d’Animal Man (DC Comics – 1989) ou de Brute Force (Marvel – 1990)

Plus vieil écosystème existant, la forêt Amazonienne a commencé à être exploitée à grande échelle dans les années 60. Paradoxalement les sols de la luxuriante Amazonie sont assez pauvres et ne se prêtent pas à l’agriculture au delà de 3 ans, ce qui pousse à défricher d’autres parcelles.

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Animal-Man fait la leçon à son fils (AM #17) – Morrison / Hazlewood

L’élevage de bovins serait responsable à lui seul de prés 40% de la déforestation entre les 60 et 70′s. Derrière ces chiffres, ce sont des populations expulsées de force, des zones entières défrichées au défoliant dérivé de l’agent orange, des émissions de méthane, une déforestation supplémentaire induite pour la production du soja nécessaire à l’alimentation du bétail et un impact significatif sur le réchauffement climatique

Brute Force #1 – Furman / Delbo

Dans les années 80′s, Mc Donalds se retrouva ainsi dans une tourmente médiatique car la viande de ses hamburgers provenaient de ces élevages amazoniens.

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Preacher #42 – Gath Ennis / Steve Dillon – 1998

Encore peu évoqué, l’élevage a un impact considérable sur la pollution et les ressources en eau (8%)  et les émissions de gaz à effet de serre (17%) devant le secteur des transports.

Viande froide

Il y a encore quelques siècles, les animaux étaient tués sur le lieu d’élevage ou de dépeçage mais les défauts d’hygiène, les odeurs pestilentielles et les effluents qui s’en dégageaient forcèrent les autorités à créer de « tueries » ou abattoirs en périphérie. Ces infrastructures se sont généralisées dans toutes les grandes villes au cours du 19ème et du 20ème siècle.

Les méthodes artisanales d’abattage se perfectionnèrent au point de devenir de redoutablement efficaces. Cette organisation permettaient de tuer 1 animal toutes les 15 minutes comme à l’important abattoir de Chicago.

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Tintin en Amérique – Hergé (1932)

Un process qui sera plus tard repris pour les usines de Ford. Le revers de la médaille : des conditions d’abattage engendrant une souffrance importante, des conditions d’hygiène douteuse et des employés à peine mieux traités que les animaux qu’ils étaient chargés d’abattre. En 1906, les méthodes de l’abattoir de Chicago furent dénoncés dans un livre de Upton Sinclair : The Jungle.

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 Malgré des ajustements, les abattoirs restent des usines dédiées à la mort d’animaux à la chaine dans des conditions plus ou moins maitrisés comme on a pu le voir dans les médias dernièrement.  Les abattoirs sont synonymes d’une mort orchestrée, mécanisée, sans aucune compassion pour l’animal. Du transport à la mise à mort, la souffrance, tant physique que psychologique, est y niée à toutes les étapes.

De « Massacre à la tronçonneuse » à l’épisode  « Terminus » de « The Walking Dead »  (saison 5), l’abattoir est un lieu propice à l’horreur, source d’inspiration pour les scénaristes.

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Punisher War Journal # 28 – 1991
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Batman Incorporated # 1 – 2012
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Preacher #42 – 1998

L’assiette aux peurs

Aliment très sensible d’un point de vue sanitaire, la commercialisation de la viande a fait l’objet de plusieurs scandales de grande échelle au cours des 2 siècles passés . Dès le début du 20ème siècle, les conditions d’hygiène des abattoirs ou les conserveries conduisent à des intoxications alimentaires causant de nombreux décès.

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Une compagnie de Nano-virus intelligents dans Vext # 3 – Giffen (1999)

De tous ces scandales sanitaires, celui qui marquera le plus les mémoires reste celui de la « maladie de la vache folle » ou  de l’encéphalopathie spongiforme bovine.

Cette épizootie inspirera Mark Millar et Grant Morrisson pour la mini-série « Skrull Kill Krew » qui conte l’histoire d’un groupe de personnes dotées de pouvoirs suite à l’ingestion de viande de Skrulls. Extra-terrestres métamorphes, ces Skrulls avaient été transformés en vaches avant d’être abattus et intégrés à la chaine de production de viande hachée.

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Skrull Kill Krew #2 Millar & Morrison – 1995

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Marvel Zombies Supreme #2 / Franck Marraffino – 2011

Quelques années plus tard, le Zombie Hyperion meurt de la maladie de la Vache folle après avoir dévoré un troupeau entier. D’une certaine manière, comme le remarque l’héroïne Pionner, en évitant que la maladie se propage, il est mort en héros.

La chaire de ma chair

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En pleine expansion au niveau mondial, la consommation de viande est un signe de richesse pour notamment pour les pays en voie de développement aux régimes alimentaires principalement végétariens. Du sacrifice animal aux dieux à son ingestion rituelle de sa chair, le principe que la viande donne un certain pouvoir à l’homme est ancienne et vient consolider ce mouvement. On retrouve cette idée dans quelques comics.

Le personnage d’ Abattoir dans Detective Comics # 625 (Wolfman / Aparo- 1991) a tué toute sa famille, convaincu qu’il a absorbé leurs énergies vitales par cet acte.

Toujours dans Batman Incorporated v2 #1, l’allégeance à l’organisation criminelle « Léviathan s’opère par la consommation de viande.

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Mais le personnage qui symbolise sans doute le mieux le pouvoir qu’on prête à la viande se trouve sans doute dans les pages de Preacher (#42-48). Garth Ennis y dépeint un magnat de la viande dont l’abattoir fait vivre la ville entière. Sa puissance lui permet d’acheter tout ce qu’il souhaite, policiers y compris. Son pouvoir de vie et mort s’exerce aussi bien dans son abattoir qu’à l’extérieur. La sensation de pouvoir que lui procure la viande l’amène à certaines extrémités ….

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Dans la série télévisée, le personnage reste lié à la viande mais d’une manière différente. Traumatisé par la perte de toute sa famille dans un accident, Odin éviscère les corps des siens et les compare aux restes d’une vache. N’y voyant aucune différence, il renie sa foi et se créer son propre dieu :le Dieu de la viande : « un dieu de l’évidence, de ce qui est touchable et réel » en opposition à un Dieu spirituel dans le pouvoir ne manifeste pas d’une manière évidente.

Viandage en vue

Si la viande est un Dieu, on peut dire qu’on lui sacrifie 66 milliards d’animaux par an, une part non-négligeable des ressources de notre planète associée à des émissions de gaz à effet de sphère considérable. Le bœuf en vaut-il la chandelle ?

Sim Theury

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