EcoloGeek#65 – Comics et Cause animale

Chez DC comme chez Marvel, près de 2 personnages sur 10 ont un animal pour symbole et/ou tirent leurs pouvoirs des animaux. Pour autant se soucient-ils du sort de leur animaux totems ?

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Des défenseurs de la cause animale aux super-vegans, de la jungle de Tarzan à Stars Wars VIII : petit passage en revue de l’animalisme dans l’univers Super-héroïque et la culture geek.

Du Golden Age au Silver Age : L’Afrique : le berceau de l’humanité, des animaux et des clones de Tarzan

Sans remonter trop loin dans le temps, deux écrits vont influencer fortement l’imaginaire collectif occidental vis-à-vis de sa relation avec la faune sauvage : Le livre de jungle de Rudyard Kipling (1894) et Tarzan of the apes d’Edgar Rice Burroughs (1917).

Les romans jouent à la fois avec les mythes de l’enfant sauvage et du paradis perdu, le tout sur fond de colonialisme. Le succès de Tarzan perdure jusque dans les années 60 et il est normal de trouver de nombreux clones ou à minima d’influences dans les comics du golden age.

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Ka-Zar. Une des nombreuses copies de Tarzan – 1936

Les comics spécialisés sur la thématique « Jungle » connaissent un franc succès des années 40 aux années 60. Si la plupart des persos n’ont pas vraiment d’attachement particulier avec les animaux, d’autres en revanche cherchent à les protéger et vont jusqu’à parler leur langage. On y trouve la première prise de conscience sur les méfaits de colonialisme sur la faune sauvage avec parfois certaines contradictions. En effet, dans ces pages si le héros n’hésite pas à lutter contre le braconnage et les contrebandiers en tous genres, il peut tuer un lion ou un éléphant pour montrer sa supériorité dans l’épisode suivant. (Comme Tarzan dans ses premières aventures où il parle à la fois le langage des animaux mais n’hésite pas à leur défoncer la gueule pour des simples questions de domination).

En termes d’exemples : on peut citer

Sheena the Jungle Girl (1938) à la longue carrière comics et une adaptation ciné dans les 80’s

Fantomah, « Mystery Woman of the Jungle » (la première super-héroïne de comics !) qui se pose comme la protectrice de la jungle, de ses habitants et de ses animaux. (Courte carrière de 5 aventures). Wambi the Jungle boy (une copie de Mowgli qui parle aux animaux) et Jann of the Jungle (1954).

2 personnages du golden age se distinguent particulièrement :
Ka-Zar : la thématique de la protection des animaux est quasi-constante dans ses aventures du Golden Age: (1 an de publication de 1940-1941). Il parle aux animaux, les défend contre les contrebandiers et les suit jusque dans leur repaire. Il libère les animaux d’un zoo et construit une arche de Noé pour eux quand Namor provoque un tsunami en Afrique. Ka-Zar considère les animaux comme ses frères et les préfèrent aux humains et va jusqu’à gazer des nazis avec le défoliant dont ils se sont servis pour tuer faune et flore dans le but de créer leur base.

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Je vous renvoie à cet article pour en savoir plus sur Ka-Zar, Lord of the Jungle

Aquaman : Bien que ses aventures ne se passent pas en Afrique, les fonds marins fonctionnent comme une jungle sous-marine et Aquaman y est l’équivalent de Tarzan. J’y ai déjà consacré un article entier auquel je vous renvoie parce que je suis en mode flemme cosmique.

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Autre archétype récurrent, celui du « chasseur blanc » bienveillant, parmi lesquels on peut citer : Jungle Jim (1950), Congo Bill ou Cliff Marson (1960).
Congo Bill subit une évolution dans les années 1960 car il fusionne avec un gorille pour former : Congorilla. Tandis qu’un garde de réserve africaine obtient des pouvoirs pour protéger la jungle :  Bwana Beast (1967).

Dernier survivant de cette mode afro-animaliste : Beast Boy (futur membre des Teen Titans) qui obtient ses pouvoirs de polymorphe en Afrique alors que son père tente de trouver un sérum pour faire revivre des espèces éteintes. (1965)

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Reign of Super-Animals (1950-60)

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« Quand en 1942 un chasseur fit pleurer les enfants en tuant la maman de Bambi, nul ne perçut que Walt Disney précipitait la fin de notre civilisation. Pourtant, d’un simple coup de fusil, ce héros, universellement célébré depuis la nuit des temps pour sa fonction vitale au service des siens, devint un être méprisable parce qu’insensible au sort de l’animal humanisé par Disney, un filon lucratif exploité depuis 1928, date de naissance de la souris Mickey, au risque de dénaturer le rapport ancestral établi entre l’homme et l’animal «  Actes du colloque du Sénat « L’Homme et les animaux – vers un conflit de civilisation (2016) »

-C’est bon de rire parfois-

Ce qui est sur c’est que dans le sillage de Disney, on voit apparaitre une ribambelle de titres « Funny Animals » et de Super-Animaux.

Un titre va tirer son épingle du jeu et connaitre une mutation peu commune : Pogo Possum. Strip quotidien (1948-75) créé par Walt Kelly, il conte les aventures d’animaux du marais en Georgie. L’auteur transforme peu à peu les thématiques naïves en une satire sociale, politique et écologique.

 

70’s : Vague écologiste

A partir de 1968 et la montée en puissance du mouvement environnemental, quasiment tous les héros ont un passage écologiste plus ou moins marqué mais qui dure rarement dans le temps. C’est plus la pollution dans son ensemble qui est dénoncée, la protection animale n’est pas une cause qui ressort véritablement.

En 1981, la première super-héroine écologiste : Ms Mystic par Neals Adams prend la défense du symbole de l’Amérique : le bald Eagle (pygargue à tête blanche) dès sa première aventure.

 

80’s : L’Angleterre à la rescousse

A partir des années 80’s une vague d’auteurs anglais travaillent pour les big two avec à leur tête l’iconoclaste Alan Moore. Moore reprend les rênes de la Série Swamp Thing en 1984.
La série se lance dans une saga mystico-écologique où le scénariste, végétarien depuis plusieurs années, aborde le sujet de l’exploitation animale sous un angle original. Il fait intervenir les animaux de Pogo Possum sous la forme d’extraterrestres qui ont fuient leur planète car une des espèces avait pris le pouvoir sur les autres : pratiquant expérimentations médicales et meurtres en masse pour s’en nourrir. (Swamp Thing #32 – 1985)

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L’histoire met en avant deux mouvements croissants à l’époque :
-La montée en puissance des groupes de protection des animaux : l’ALF (Animal Libération Front) et la PETA (People for the Ethical Treatment of Animals)
-Le regain d’intérêt pour le végétarisme passant de la vague Hippie au courant Punk-anarchiste et porté également par des best-seller comme « Fit for Life » prônant un régime non-carné pour une meilleure santé.

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Ami d’Alan Moore, l’anglais Grant Morrison scénarise le reboot d’Animal man en 1987. Héros mineur de DC, Animal Man possède le pouvoir de dupliquer les capacités des animaux. Également végétarien, Morrison redéfinit le personnage (dont au final on ne savait quasi-rien) pour en faire un défenseur de la cause animale luttant contre les braconniers en Afrique (encore), mais également contre l’expérimentation animale des grands laboratoires, la massacre des dauphins aux iles Féroe … Ne pouvant supporter la façon dont les animaux d’élevage sont traités, il prend rapidement la décision de devenir végétarien au grand dam de sa famille.

A l’instar de Swamp Thing, représentant du GREEN force élémentale de toute la flore, Animal-man devient le représentant terrestre du RED, champ d’énergie morphogénique de toute la faune.

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Avec Animal Man, Morrison crée le personnage ultime de la cause animale avec parfois des conflits internes entre les instincts de carnivore qui l’habitent et ses convictions.
Ce qui est surtout remarquable c’est que jusqu’à présent les scénaristes ne tombent pas dans le piège de l’anthropomorphisme : les animaux restent des animaux, ils ne communiquent pas avec Animal Man, ni entre eux à la différence d’Aquaman à la même époque. (Aquaman finira lui-même par devenir l’avatar du BLUE : la force qui connecte toute la vie aquatique)

90’s : Des animaux sauvages aux domestiques

Comme dit plus haut, les 90’s sont marqués par L’ALF (Animal Liberation Front) un mouvement d’activistes qui se fait connaître par ses opérations illégales dans les laboratoires.

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Web of Spider-Man Annual # 2 – Ann Nocenti / Art Adams (1986)
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Marvel Comics Presents #39 – Bill Mumy / Aaron Lopresti (1990)

Spider-man seront confrontés à des activistes à deux reprises avec à chaque fois un cas de conscience à la clef.

Superman aura droit à un numéro spécial qui sensibilise sur les actes de cruauté envers les animaux domestiques

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Mark Millar / Tom Grummett – 2000

Dans Batman Animated, Cat-Woman elle-même devient une activiste n’hésitant à intervenir contre les entreprises qui ne respectent pas les droits des animaux

La nouvelle version de Giganto, sorte de King-Kong adversaire de Superman depuis les années 60 devient une victime d’expérimentation scientifique. (Superman Annual #1 – Byrne/Frenz – 1987)

Dans X-Men – Unlimited 44,  toute l’équipe stoppe une bande de gamins martyrisant des animaux. Jean Grey leur ouvre les yeux en leur faisant subir mentalement les souffrances qu’ils ont infligés.

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Wolverine en particulier fait barrage de nombreuses fois à des braconniers au cours de sa carrière.

L’expérimentation animale est également au cœur d’un récit poignant par Grant Morrison : W3 (Nou3) contant la fuite de 3 animaux transformés en machine de guerre par l’armée.

Les activistes sont mis à l’honneur dans les mini-séries « Liberators » où deux militants à la Kick Ass vengent les animaux torturés et exploités.

2010’s : Veganisme : le dernier taboo saute

Signe de temps, le nombre de personnages de comics qui se présentent comme végétariens ou vegans croît comme de la vigne vierge ces dernières années. Ce statut est néanmoins fragile et rares sont les scénaristes qui savent en faire quelque chose une fois « l’effet d’annonce » passé. Au mieux, rappelle-t-on au détour d’un repas que le perso ne mange pas de viande. Au pire on l’oublie complétement, quand on ne le fait pas renier ses principes.

 

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Oink (2015) Des Cochons mutants exploités pour éléver des cochons pour l’abattoir.

A défaut de durer dans le temps, l’origine de leurs motivations offre une vision des multiples facettes du mouvement (lutte contre la souffrance animale, protection de l’environnement, principes religieux …).

 

Cette montée du véganisme s’accompagne également d’une critique de l’élevage et du culte de la viande.

 

Aliens, Mutants, surhommes : Tous Antispécistes ?

Dans son livre Antispéciste (2016), Ayméric Caron fait un parallèle entre l’antispécisme et l’altruisme de Superman.  L’antispécisme considère que l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter. Superman est un extraterrestre humanoïde qui possède des pouvoirs qui le place au dessus de l’humanité. Pour autant, il ne cherche pas à les dominer ou les asservir.

Le parallèle est encore plus frappant avec les X-Men chez Marvel. Ces homo-superior sont une évolution de l’espèce se plaçant de fait au dessus de l’Humanité.  Mais les X-Men n’ont aucune volonté d’imposer leur pouvoir.

Plus directement, le titre « Animosity » (2015) pose directement la question de la relation entre les espèces. Suite à un événement inconnu, tous les animaux de la Terre sont soudain doués de la parole et d’une intelligence humaine. Le rapport de force entre les espèces est ainsi complément remis à plat. Plus aucun animal ne souhaitant être exploités ou mangés par l’Homme. S’il n’est pas à l’abri de certains facilités ou incohérences, l’histoire a le mérite de soulever des questions intéressantes.

Sim Theury

Cet article est tiré de la conférence donnée à Geek Life les 2 et 3 février 2019 au Mans.

geekslife2020

La prochaine édition aura lieu les 1er et 2 février 2020 ! Viendez !

 

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